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Pile ou Face?

 
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Pan
Invité

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MessagePosté le: Mer 16 Mar - 05:17 (2011)    Sujet du message: Pile ou Face? Répondre en citant

 
Cette nuit là, comme depuis deux semaines, Pan se réveilla en sursaut, en proie à un cauchemar récurrent.
 
Certains détails pouvaient changer, mais la trame restait la même. Il se voyait, enfant, tenant la lame plongée dans le cœur de Grill. Derrière sa victime se tenait sa mère ; elle ne le regardait pas, mais regardait la terre, et son visage était comme figé, prisonnier d’une expression de tristesse infinie. Pan tournait alors la tête et il se voyait à sa gauche, adulte, sans expression.
 
Mais comme il fixait son propre visage, il voyait peu à peu un sourire de l’ange sanguinolent  apparaître le long de la commissure des lèvres ; à mesure que ce dernier progressait sur les joues, des larmes de sang coulaient des yeux de Pan adulte, toujours sans expression, tandis que l’ambiance oppressante atteignait son paroxysme, et que le rire fou de Grill résonnait dans sa tête comme une litanie. Sur la poitrine de son alter ego adulte, une tache de sang grossissait.  Sentant une humidité soudaine sur sa propre poitrine, le jeune Pan sentit tout à coup qu’on lui arrachait le cœur. Mais il ne pouvait détourner ses yeux du visage ensanglanté de son alter ego.
 
Il se réveillait en nage, et essuyait à la hâte les larmes qui avaient coulé sur ses joues pendant son sommeil. Après ça, bien sûr, chercher à nouveau le sommeil s’avérait impossible.
 
Voilà pourquoi depuis deux semaines, Pan ne dormait plus. Et ça commençait à se sentir : de profondes cernes creusaient son visage,  il était de plus en plus irascible et susceptible, et avait parfois des absences dont la durée allait croissant au fil des jours.
 
Cette nuit là, il ressentit le cauchemar à la puissance dix. Il se réveilla en proie à une angoisse indicible, comme si sa vie était en péril, lui qui n’avait plus peur de la mort depuis belle lurette, voire l’appelait de ses vœux… Comme si quelque chose mourait en lui, comme si il y avait urgence. Il lâcha un juron.



Putain d'merde!



Regardant autour de lui, il vit les « remparts » de la montagne l’entourer, et au loin, vers le nord, la promesse de plus hauts sommets.  Sans réfléchir, il se leva et fonça dans la montagne, si perturbé qu’il ne prit même pas son épée.
 
Le printemps s’annonçait déjà ; des crocus poussaient un peu partout, crevant la fine couche de neige qui subsistait dans les endroits à l’ombre, et les premiers migrateurs revenaient. Fini le serpent mutant du désert radioactif, place à la forêt, la plaine, les oiseaux, les vrais, à la vie.
 
Pan observait, comme sonné, la nature en train de se réveiller, en train de lutter pour imposer sa jeunesse et son renouveau. Sans savoir pourquoi, cela lui creva le cœur comme une vieille lame rouillée et ébréchée. Le métis tomba à genoux dans un gémissement, comme à l’agonie.
 
C’est alors qu’il entendit l’appel…
 
D’abord fondu dans le murmure du vent, à peine audible, le forçant à tendre l’oreille. La forêt montagnarde s’était soudain tue, et la clarté nocturne avait fait place à une ambiance de cimetière.
 
Puis il sépara le bruit de l’air de celui de l’eau, pour se concentrer sur ce dernier. Il suivit le léger vrombissement pendant une bonne demi-heure à travers la montagne. Arrivant au sommet d’une crête, le bruit s’accentuait, puis redevenait murmure à mesure que l’échevelé descendait un vallon pour grimper à nouveau la crête suivante, et retrouver le bruit qu’il finit par identifier comme celui d’une chute d’eau.
 
A la crête suivante, son intuition se confirmait : une magnifique clairière, au centre de laquelle, dans un fracas épouvantable, toute l’eau de la montagne se déversait en une énorme cascade, grossie encore par la fonte des neiges, dans un vrombissement assourdissant ; tel des pièces de rechange obsolètes, corrodées, oubliées dans le fond d’une casse auto et irrésistiblement attirées par l’aimant de la compacteuse à l’occasion du grand nettoyage de printemps, Pan descendit vers la cascade.
 
Arrivé en bas, il fut vite trempé par la bruine que dégageait la chute d’eau. Eclairé par la pleine lune, la scène avait quelque chose de féerique.
 
Alors, il vit l’enfant. Là, face à lui. Mains dans les poches, sourire en coin, cheveux en pétard, ce jeune gamin de dix ou douze ans le regardait comme si c’était lui, l’enfant. Avant que Pan n’ait pu dire quoi que ce soit, l’enfant avait parlé.
 
Salut ! T’en as mis du temps. J’commençais à en avoir marre d’attendre. Enfin, t’es là, c’est l’essentiel. Ce qui veut dire que c’est mon tour, maintenant.
 
Pan regardait l’enfant sans comprendre.
 
…Nniééh ? Mais qu’est ce tu baves, toi ? J’entrave que dale à c’que tu dis. ‘Pis qu’est ce tu fous là tout seul, d’abord ? Tu devrais pas être…
 
L’enfant leva la main pour interrompre Pan.
 
…au pieu à c’t’heure? Et niéniénié, et j’agresse tout l’monde, et j’suis l’plus fort, et j’ai pas d’sentiments, et j’vous emmerde… Je connais, tout ça. Quel raseur. Tu m’casses les bonbons avec ça tout l’temps.
 
La mâchoire de Pan se décrocha.
 
Je… ?
 
L’enfant sourit de toutes ses dents. Moins deux ou trois trous.
 
Ouais, t’as bien compris, pauv’ cloche.
 
Pan se ressaisit et bizarrement, pour la première fois cette nuit, son esprit retrouva le calme. Il analysa la situation. Ce môme était vêtu bizarrement, comme d’une autre époque. Et il avait l’air de le connaître trop bien. C’est alors que l’échevelé tiqua. Ses cheveux lui collaient à la gueule, dans toute cette bruine, mais l’enfant, lui… était tout sec. Pas une goutte. Pas un poil mouillé. Rien. Un frisson cassa l’échine de l’asiat’.  Il ouvrit la bouche et prononça lentement.


Tu ne vis pas ici, n’est ce pas ?
 
L’enfant, comme amusé de jouer à un nouveau jeu, secoua la tête avec un sourire.
 
Mh, mh.
 
Tu… tu n’étais jamais venu ici avant ce soir, pas vrai ?
 
L’enfant opina en souriant de plus belle. Pan se concentra pour éviter que le mélange de peur et d’horreur qui grandissait en lui ne se traduise sur son visage.
 
…Et… tu n’existes pas…
 
L’enfant eût une moue énervée. Il cria :
 
Ah non ! C’est toujours pareil avec vous, les adultes ! Pourquoi chaque fois quelque chose vous échappe, cela n’existe pas ? C’est pour ça que j’me suis caché, là ! Pour ça que j’suis parti ! Pour ça que j’ai emmené tout le monde sur l’Ile !
 
Pan essaya de calmer le jeu.
 
Mollo, gamin, t’énerve pas…
 
Le visage de l’enfant, crispé par la colère, hurla.
 
Tu m’dis pas c’que j’ai à faire ! C’est moi l’chef, ok ?
 
Pan paniquait ; à l’intérieur de lui grandissait quelque chose qu’il ne connaissait pas, ou plus, il sentait que sa survie était dans la balance.
 
Peter…. Arrête…
 
L’enfant parut surpris, puis, retrouvant son sourire malicieux, il approcha de Pan.
 
Alors comme ça, tu t’rappelles, hein ? Dommage ! C’est trop tard !
 
Il saisit Pan par les poignets.
 
A...Arrête !
 
Trop tard ! Enculé d’adulte !
 
Le visage de l’enfant se déforma ; aux commissures des lèvres naquit le sourire ensanglanté d’un ange déchu pleurant des larmes de sang.
 
Tu t’es bien amusé, maintenant c’est mon tour !
 
Pan tirait sur ses poignets, sans résultat, la panique l’envahit.
 
MON TOUR !
 
Un flot de sang jaillit de la bouche de l’enfant. Pan poussa un hurlement à réveiller les morts, puis sombra dans l’inconscience.
 
Lorsqu’il se réveilla, le jour pointait à l’horizon, il se releva, se palpa, et trouva un petit sachet rempli d’une poudre jaune dans sa poche. Du pollen de crocus.
 
Au petit matin, quand Gingolo se réveilla, il trouva Pan en train de boire une infusion à côté du feu fraîchement ravivé. Comme il s’approchait pour lui dire bonjour, Pan lui tendit un sachet.
 
Salut, Gigo d'agno. Tiens, j’ai ramassé du safran pour toi.
 
Sans rien ajouter, Pan se prépara une pipe qu’il fuma comme si de rien n’était.
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MessagePosté le: Mer 16 Mar - 05:17 (2011)    Sujet du message: Publicité

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Gingolo
Taulier

Hors ligne

Inscrit le: 12 Aoû 2010
Messages: 250

MessagePosté le: Mer 16 Mar - 11:18 (2011)    Sujet du message: Pile ou Face? Répondre en citant

Gingolo avait passé une nuit merveilleusement reposante dans sa petite tente toute proprette qu’il avait décrassé la veille lors du grand nettoyage de printemps : il avait battu les tapis, changé les draps, reprisé les trous de la tente, lustré son argenterie … tout était de nouveau propre, comme le grand renouveau de printemps qui sentait si bon dans ces montagnes pleines de promesses et de fraicheur de vivre !
 

Encore dans son sac de couchage, il s’étira de tout son long, donnant au passage quelques légers coups de pieds dans ses casseroles, qui tintinnabulèrent doucement comme à l’évocation de délicieux petits repas qu’il se ferait une joie de préparer pour tout le campement.
 

Il s’extirpa avec souplesse de son sac de couchage, puis enfila l’une de ses chemisettes repassée la veille. Il sortit de sa tente pour raviver le feu de camp et faire chauffer du thé … et ce fut Pan qu’il trouva, en train de se boire une petite infusion.
 

« Bonjour Pan, tu as une tête de plus en plus pâlotte toi, tu ne voudrais pas que je te prépare un petit thé au citron … »
 

« Salut, Gigo d'agno. Tiens, j’ai ramassé du safran pour toi. »
 

D’excitation, Gingolo battit des mains « Ooooh merci, tu es vraiment trop chou ! » Il prit le petit sachet pour le renifler. « Et comme ça je vais pouvoir vous préparer une bonne poêlée de coquilles Saint-Jacques au céleri rave et safran … » *Réfléchit quelques instant* … « euh … je n’ai pas de coquilles Saint-Jacques ni de céleri rave, mais par contre j’ai trouvé des escargots … niveau texture, ce sera pareil ! Et à la place du céleri rave, j’ai encore des pousses séchées de fenouil ! »
 

Il lui saute au cou « Chouette, tu es un ami formidable, qu’est ce qu’on ferait sans toi ! » puis recule en sentant l’amertume de la fumée de la pipe qui lui picota les poumons.
 

« Kof … kof … mrrrh … bon je te laisse hein, je vais aller faire une petite provision de bois pour faire chauffer la pierre plate … ensuite il faudra aller cueillir des baies … » continue à faire sa liste de courses tout en s’éloignant « sortir ma plus belle nappe et mes plus beaux couverts, absolument faire lever du pain de seigle, trouver les serviettes pour chacun, dresser la table … pfiouuu … je vais en avoir pour toute la journée ! »
 
_________________
... parce que tous les gouts sont dans la nature ... Chassez le naturel, il revient au galop !
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 21:08 (2018)    Sujet du message: Pile ou Face?

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